Concours Européen de la chanson philosophique (2019)

CONCOURS EUROPÉEN DE LA CHANSON PHILOSOPHIQUE
Création Théâtre de Vidy - Première le 5 septembre 2019

Concept, mise en scène et scénographie : Massimo Furlan
Concept et dramaturgie : Claire de Ribaupierre
Assistante : Nina Negri
Textes des chansons :
Leon Engler (Allemagne), Jean Paul Van Bendegem (Belgique flamande), Vinciane Despret (Belgique wallonne), Santiago Alba Rico (Espagne), Philippe Artières (France), Michela Marzano (Italie), Kristupas Sabolius (Lituanie), Ande Somby (Norvège), José Bragança de Miranda (Portugal), Mladen Dolar (Slovénie), Mondher Kilani (Suisse)
Composition musique : Monika Ballwein (direction), Maïc Anthoine, Gwénolé Buord, Arno Cuendet, Davide De Vita, Lynn Maring, Bart Plugers, Karin Sever
Direction musicale : Steve Grant, Mimmo Pisino
Coordination et supervision musicale : HEMU - Haute École de Musique Vaud Valais Fribourg: Laurence Desarzens, Thomas Dobler
Coach mouvement : Anne Delahaye
Lumière et scénographie: Antoine Friderici
Création vidéo : Jérôme Vernez
Costumes : Severine Besson
Maquillages/perruques : Julie Monot
Technique et construction du décor : Théâtre Vidy-Lausanne

Avec :
Massimo Furlan
Une co-présentatrice locale
Les étudiant·e·s et enseignants de l’HEMU - Haute École de Musique Vaud Valais Fribourg: Davide De Vita, Dylan Monnard (chant, en alternance)
Dominique Hunziker, Lynn Maring (chant, en alternance)
Mathieu Nuzzo, François Cuennet (claviers, en alternance)
Arno Cuendet, Martin Burger (guitare, en alternance)
Jocelin Lipp, Mimmo Pisino (basse, en alternance)
Hugo Dordor, Steve Grant (batterie, en alternance)
Avec la participation d’un jury différent de 4 penseurs·euses chaque soir


CHANTER UNE PENSÉE

Ce projet est un clin d’œil à notre précédent spectacle 1973, créé au Festival d’Avignon en 2010, qui consistait en un re-enactment de l’édition 1973 du Concours Eurovision de la chanson. Mais pourquoi revenir à l’idée du Concours Eurovision ? Parce qu’il permet de cerner la chanson de variété dans sa dimension commerciale et standardisée. Parce qu’il soulève des questions liées à l’identité, celle des différents pays représentés et celle de l’Europe en tant que communauté, alors même que celle-ci est de plus en plus fragilisée et remise en question. Parce que la question de la compétition touche toutes les sphères de notre monde contemporain : politique, sociale, économique, sportive, culturelle.
Comme pour 1973, la dimension visuelle – scénographie, lumières, costumes, chorégraphie – est un enjeu essentiel de ce projet. En revanche, il ne s’est pas agi cette fois de rejouer une archive, mais de monter de toutes pièces une nouvelle édition du concours, qui mette en valeur les textes des chan- sons interprétées. C’est à des penseurs·euses de toute l’Europe (philosophes, historien·ne·s, anthro- pologues...) que nous avons confié la tâche d’écrire ces textes. Sur la forme, les textes empruntent les codes poétiques de la chanson, à savoir une structure composée de couplets et d’un refrain, parfois des rimes. Sur le fond en revanche, point de poésie, de lyrisme ou de sentiments, mais une réflexion sociologique, anthropologique ou philosophique sur le monde contemporain. Les auteur·e·s sont ainsi parti·e·s d’un concept de la pensée et ont cherché à lui donner la forme d’une chanson.
Le Concours européen de la chanson philosophique est une réponse, par le camouflage et l’humour, au mépris grandissant des discours populistes à l’égard des intellectuel·le·s, et à la disparition de la pensée de la place publique au profit de l’entertainment. Reprenant la ruse du cheval de Troie, nous avons voulu réintroduire la pensée et la réflexion philosophique au cœur même du divertissement, en créant un objet musical à la fois totalement crédible par rapport aux standards de la musique populaire (slow, latino, disco, rock, ballade...), mais qui donne simultanément un rôle essentiel à la pensée, par le biais des textes chantés. L’important est pour nous de permettre à la pensée d’arriver sur la place publique pour qu’elle soit entendue, partagée et comprise. Pour ce faire, nous avons aus- si placé la pensée et les penseurs·euses dans la nécessité de questionner la culture populaire, de la prendre au sérieux et de la servir avec intelligence.
Un jury assiste au concours. Il est composé d’intellectuel·le·s – des spécialistes en histoire contem- poraine, philosophie, écologie, anthropologie, sciences de l’environnement, etc. Les membres du jury interviennent entre les chansons pour prolonger la réflexion amorcée par les paroles et en débattre. Ce jury d’expert·e·s est une référence aux nombreuses émissions télévisuelles qui ont recours à des spécialistes pour commenter les performances de candidat·e·s dans toutes sortes de domaines, de la chanson au sport en passant par la danse et la cuisine. Les discours analytiques développés par les membres du jury occupent une place centrale dans le spectacle et constituent ainsi une deuxième opportunité de mettre la pensée au cœur du dispositif. Ils donnent lieu, à chaque représentation, à des débats uniques, passionnants et érudits, drôles et insolites. Ils contribuent, avec les chansons, à dessiner un état des lieux de la pensée contemporaine et à montrer, avec humour et en même temps beaucoup de sérieux, la beauté et le plaisir de réfléchir et de penser.


UN PROJET EUROPEEN, DES SOIRÉES UNIQUES DES PAROLES ÉCRITES PAR ONZE PHILOSOPHES EUROPÉEN·NE·S

Onze théâtres ou festivals, chacun d’un pays différent d’Europe, ont participé à la création du projet, en demandant à une figure de la pensée – philosophe, historien·ne, sociologue... – de leur pays d’écrire, dans sa langue, les paroles d’une chanson « philosophique ».
UNE ÉQUIPE DE COMPOSITION ET DES MUSICIEN·NE·S LAUSANNOIS·ES
Ces textes ont ensuite été mis en musique et orchestrés selon différents styles (variété, pop, slow, rock...) par une équipe de composition constituée en lien avec les départements jazz et musiques actuelles de l’HEMU - Haute École de Musique Vaud Valais Fribourg.
L’équipe de création a travaillé ensuite avec les chanteurs·euses et les musicien·ne·s de la distribution sur la mise en scène et la chorégraphie de ces chansons, afin d’en proposer une interprétation de haut niveau, mais forcément décalée et burlesque.
UNE COPRÉSENTATRICE ET UN JURY D’EXPERT·E·S LOCAUX
Le spectacle est mis en scène comme un concours télévisé opposant ces différentes chan- sons, interprétées en direct et dans leur langue originale (avec surtitrage) par les chanteurs et musiciens de la distribution. Chaque lieu qui accueille le spectacle se charge de consti- tuer un jury local composé de personnalités du monde de la pensée. Ce jury de quatre personnes intervient dans le spectacle pour commenter les paroles de chaque chanson et voter, avec le public, pour désigner la chanson gagnante. Le lieu d’accueil propose égale- ment une coprésentatrice – véritable présentatrice TV ou actrice du pays – pour animer la soirée aux côtés de Massimo Furlan.

UNE GUEST STAR ?

Dans le spectacle, toutes les chansons sont interprétées par les musicien·ne·s et chan- teurs·euses de la distribution. Toutefois, si le lieu d’accueil le souhaite, il est envisageable qu’il propose un·e chanteur·euse de son choix pour interpréter la chanson représentant son pays et d’ancrer ainsi encore plus étroitement le spectacle dans la culture populaire locale.
UNE SOIRÉE DE CONCOURS ENTRE ENTERTAINEMENT ET RÉFLEXION
Alors que retentit l’hymne du concours, Massimo Furlan et la coprésentatrice apparaissent sur scène. Ils souhaitent au public la bienvenue à une grande soirée internationale placée sous le signe de la musique. Ils présentent ensuite les membres du jury qui préside à cette édition du concours, puis annoncent le premier pays concurrent, en disant quelques mots sur l’auteur·e des paroles. Un·e chanteur·euse apparaît sur scène et interprète la première chanson, accompagné·e en direct par le groupe de musicien·ne·s. Sur des écrans mobiles, on voit simultanément des projections vidéo live ainsi que la traduction de la chanson dans la langue locale. Une fois la chanson terminée, les présentateurs donnent la parole aux membres du jury, qui se lancent dans le commentaire de la chanson interprétée. Émergent alors des discussions, dialogues, et histoires qui viennent développer les lignes proposées par les paroles et poursuivre en direct la réflexion portée sur le monde contemporain.


Après quelques minutes de discussion, les présentateurs reprennent la parole et an- noncent le prochain pays concurrent. D’une chanson à l’autre, les chanteurs·euses de la distribution changent d’identité et de costumes, de la même manière que s’alternent les styles musicaux, les langues et les thématiques. Tout au long de la soirée, les temps de réflexion succèdent aux moments d’entertainment.
UN·E VAINQUEUR·E
Après le passage de tous·tes les concurrent·e·s, le public et les membres du jury procèdent au vote afin de désigner le·la vainqueur·e du concours. Comme le veut le rituel du Concours Eurovision, le·la vainqueur·e interprète une nouvelle fois sa chanson.

LA PENSÉE COMME AXE DE CRÉATION
La question de la pensée et de son activation dans le dispositif théâtral constitue l’un des axes de création de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre. Par goût, par intérêt, par conviction, ils cherchent à donner une place différente aux intellec- tuel·le·s, en dehors des circuits académiques, et à faire entendre leurs voix sur une scène artistique, ouverte sur un public plus large et non averti. Ces pensées doivent pouvoir s’adresser à tous, activer la réflexion, et créer une communauté qui n’a pas peur des idées et qui cherche à comprendre le monde contemporain et ses enjeux.
Au Festival d’Avignon, en 2008, pour le projet Chanteur plutôt qu’acteur, ils ont créé un vrai faux débat autour des questions de transmission, de généalogie et de fi- liation en invitant l’anthropologue Marc Augé, les philosophes Bernard Stiegler et Serge Margel, ainsi que l’historien Pierre-Olivier Dittmar. En 2010, à Avignon en- core, pour la création de 1973, qui était un re-enactment de l’édition de l’Eurovision 73, Marc Augé, Serge Margel et Bastien Gallet, intervenaient sous des identités de fiction, mais menaient une réflexion philosophique et anthropologique sur les phé- nomènes de transe, de possession, d’icônes et de musique.
Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre ont également créé des dispositifs sin- guliers de prises de parole et de conversations avec la performance Les Héros de la pensée, créée en 2012 au CAN, à Neuchâtel puis au Théâtre de la Cité Internationale à Paris, ainsi qu’au Théâtre Amandiers à Nanterre en mai 2018. Une version qui s’inspire de ce dispositif a été développée pour Nuit Blanche en 2015 sous le nom de Après la fin, le congrès. Ces projets durent de 8 à 26 heures, et nécessitent la présence constante des performeurs. Ceux-ci improvisent, et déplacent leurs paroles et leurs savoirs dans une salle ou en plein air, entourés du public qui va et vient ou s’installe pour la nuit et s’engage à tenir toute la durée de la performance. Historien·ne·s, anthropologues, philosophes parlent, échangent, construisent des idées sous la forme d’un abécédaire qui pense le monde et ses « habitant·e·s », ses états, ses dé- sirs, son histoire : ainsi il a été question, en désordre et en mélangeant les versions, d’anarchistes, de bâtard, des cannibales, du dromadaire, d’échec, de mélancolie, du Nord, des obsessions, de la pluie, du vacarme, des westerns, de xénophobie, et de zone. À ces différents projets ont participé : Philippe Artières, historien, Marc Augé, anthropologue, Ludivine Bantigny, historienne, Vinciane Despret, philosophe, Pierre-Olivier Dittmar, historien, Daniel Fabre, anthropologue, Barbara Formis, phi- losophe, Bastien Gallet, philosophe, Thomas Golsenne, historien de l’art, Jacques Hainard, ethnologue, Sophie Houdart, anthropologue, Christophe Kihm, critique, Arnaud Lambert, cinéaste, Christine Lapostolle, écrivaine, Camille Louis, philo- sophe, Chloé Maillet, historienne, Serge Margel, philosophe, Yoann Moreau, an- thropologue, Jean-Claude Schmitt, historien, David Zerbib, philosophe.



Production : Numero23Prod. - Théâtre Vidy-Lausanne
En collaboration avec les départements musiques actuelles et jazz de l’HEMU
- Haute École de Musique Vaud Valais Fribourg
Coproduction : MC93, Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny
- Emilia Romagna Teatro Fondazione, Modène - Festival de Otoño a Primavera, Madrid - NTGent, Gand - Théâtre national d’art dramatique de Lituanie, Vilnius - Rosendal Teater, Trondheim - Théâtre de Liège - Théâtre Mladinsko, Ljubljana - Co- médie de Genève - Équilibre-Nuithonie, Fribourg - Les 2 Scènes, Scène nationale de Besançon - Teatro Nacional D. Maria
II, Lisbonne - Teatro Municipal do Porto - Theater der Welt 2020, Düsseldorf
Avec le soutien de : Ville de Lausanne
- État de Vaud - Pro Helvetia, Fondation Suisse pour la Culture - Loterie Romande - Fondation Leenaards - Pro Scientia et Arte - Fondation du Jubilé de la Mobilière
Spectacle soutenu par LaB E23, pro- gramme Interreg France-Suisse 2014- 2020 bénéficiant d’un soutien financier du FEDER.
Avec les équipes de production, tech- nique, communication et administration du Théâtre Vidy-Lausanne
Création le 5 septembre 2019

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