Tour
- 3-4-5 novembre 2026 – Centre Culturel Suisse de Paris – Paris (FR)
- 28 juillet 2026 – Estivales du Haut Calavon – Viens (FR)
Meat me in paradise (2026)
MEAT ME IN PARADISE (Création 2026)
Un projet de Massimo Furlan, Claire de Ribaupierre, Vinciane Despret, Pierre-Olivier Dittmar
Durée : 1h20
Mise en scène : Massimo Furlan
Dramaturgie : Claire de Ribaupierre
Interprètes : Vinciane Despret, Claire De Ribaupierre, Massimo Furlan, Pierre-Olivier Dittmar, Alba (chienne)
Direction technique et vidéo : Lionel Métraux – Lumière : Etienne Gaches – Son et Musique : Aurélien Godderis-Chouzenoux – Costumes : Anna Van Bree – Maquillages et perruques : Julie Monot – Administration et production : Claudine Geneletti – Diffusion et production : Jérôme Pique
Dans la tradition occidentale, la fin des temps est un paradis fait de Dieu, d’anges et d’humains, mais sans plantes ni animaux, sans diversité ? A l’heure de la 6e extinction on peut se demander: le capitalisme cherche- t – il à réaliser sur terre un paradis ? D’autres imaginaires de futurs désirables ont existé et continuent d’apparaitre. Nous voulons nous pencher sur des projections alternatives qui ont r êv é un monde et un au- delà trè s différents : un paradis avec des animaux, un paradis où les ê tres se mangent les uns les autres mais pas à sens unique. D’autres choix étaient (donc sont) possibles. Et ils nous invitent à penser la suite du monde et non sa fin.
Origine du projet
Depuis 2008 nous travaillons régulièrement avec des philosophes, anthropologues, historiens. Pour nous le théâtre peut être un lieu où la pensée s’active et se partage avec les spectateurs, un lieu où les idées se construisent et s’échangent, un espace où l’on pense le monde dans lequel on vit. Le projet Meat me in Paradise : Pour une suite du monde se construit autour de deux rencontres : la rencontre, en 2008 au Festival d’Avignon, de Pierre-Olivier Dittmar, historien des images, spécialiste de la période médiévale : nous l’invitons à participer à la performance Chanteur plutôt qu’acteur . Depuis cette date, nous allons régulièrement nous retrouver, autour des H é ros de la pens é e (2012 et 2018), d’Un jour (2014), d’Après la fin, le congrè s (2015-2016), et du Concours européen de la chanson philosophique . Et la deuxième rencontre, c’est celle avec Vinciane Despret, philosophe, autour des H é ros de la pens é e au Théâtre de la Cité internationale à Paris. Elle participe aussi aux Congr è s, et elle écrit la chanson de la Belgique pour le Concours europé en . Tous deux travaillent sur les relations : la relation entre l’homme et l’animal, la relation à l’image, la relation aux morts, la relation aux milieux, les enjeux, nos territoires d’échange.
Ce projet est né de différentes questions : qu’est-ce que faire de la recherche ? tisser des liens ? enquêter ? habiter ? se souvenir ?
Face au désarroi existentiel, à la dépression, celle de l’artiste (voir Fellini dans Huit et demi) mais aussi celle d’un grand nombre d’entre nous, comment pouvons-nous avancer ensemble pour penser le monde, celui d’avant et celui qui vient ? Autour d’une discussion, mais aussi autour de situations, récits et anecdotes, nous avons échangé sur l’écologie, sur nos liens, sur les émotions, l’apocalypse, les oiseaux, les plantes, les paradis et de bien d’autres choses. Pour nous toutes et tous la pensée est une ressource d’histoires, d’imaginaires et de délicatesse qui nous remet en chemin, qui nous donne envie de comprendre et d’agir. Comment partager nos recherches, comment créer ensemble, comment dessiner des utopies, comment observer avec attention ce qui est vivant et en prendre soin.
Les imaginaires du futur
À quelle échelle voit-on le futur ? A son échelle propre ? Ou à celle des autres, de celles et ceux qui viennent, des générations futures ? Comment envisageons-nous ce futur ?
Dans la pensée chrétienne, le futur est l’endroit du Paradis : mais il existe dans la pensée commune une confusion entre le jardin d’Eden, celui de la Genèse, qui décrit un monde idéal composé de toutes les plantes et animaux qui vivent en harmonie, et le Paradis qui vient après la fin, après le Jugement dernier, et qui est totalement dépourvu de plantes et de vies animales. Ce Paradis-là est une sorte de désert dans lequel les humains – corps glorieux – vivent, seuls de leurs espèces, privés de système digestif et reproductif, sans aucune relation aux autres : bref, des corps sans corps, presqu’abstraits…. On pourrait dire en effet que ce paradis chrétien est le miroir de la société capitaliste, proche de ce qui nous attend, juste là, déjà en partie réalisé : une terre invivable, un désert aride, un monde qui se dépeuple. « Meat me in Paradise », un lieu pour demain, terrifiant. Il s’agit donc d’éviter de se rendre dans ce Paradis-là ! Et de trouver d’autres formes d’utopie.
On assiste aujourd’hui à une forme de confiscation de nos imaginaires pour le futur. La représentation de ce qui vient, de ce qui arrive, est apocalyptique et rien d’autre, et nous pousse à une relation présentiste au temps : nous ne vivons que l’instant présent, sans penser à ces lendemains qui nous effraient et qui s’annoncent désastreux, accomplissant la destruction de la biodiversité, l’empoisonnement des terres et par là de toutes les formes de vie.
Pourtant, autour de nous, les exemples sont nombreux d’autres futurs possibles, d’autres scénarios riches en rebondissement et en complexité et sont à chercher notamment autour des espèces animales et végétales, du côté du ré-ensauvagement, de la féralité : nous pouvons par exemple observer les formes d’adaptation, de résilience, d’inventions que les animaux et les plantes adoptent dans nos infrastructures capitalistes en les subvertissant, les utilisant et se transformant pour devenir hors de contrôle. Ces êtres vivants deviennent des acteurs qui interviennent dans l’histoire, contrecarrant nos réalités humaines, les détournant, les perturbant, faisant ainsi acte de résistance. Pierre-Olivier Dittmar et Vinciane Despret en font le sujet de leurs recherches actuelles et y trouvent des raisons de s’émerveiller et de s’inspirer de ces forces inventives.
